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Textes d'auteurs (2010)
Vivre ses émotions (2)
3e Millénaire, Été 2010, No 96

NB: De courts extraits d'articles de la revue, parfois légèrement adaptés.
Alors que les pratiques progressives de développement personnel s'inscrivent dans la durée, à l'instar d'une analyse, les enseignements spirituels de la voie directe ou non-duelle indiquent une possible mutation de l'esprit, une libération de l'ego... hors de tout processus temporel.
La souffrance, le plaisir et la joie
Reynold Welvaert

(Revue Être libre, Numéro 285, oct.-Déc. 1980)
- Le plaisir et la souffrance se succèdent dans l'existence. Rien n'est plus impressionnant que la souffrance causée par la perte d'une personne à laquelle on est attaché. Rien n'est plus conditionnant que les images d'un bonheur ou d'un idéal que l'on s'est construit. Rien ne nous attache plus que le plaisir et rien ne fait plus souffrir que la privation d'un plaisir.
  Nous demeurons toujours très attachés aux souvenirs agréables et nous écartons de nous les souvenirs désagréables. Ce choix nous le faisons continuellement consciemment ou inconsciemment. Comme les plaisirs ne sont que passagers, les souffrances leur succèdent, et la souffrance est toujours là où il y a attachement.
  La joie spirituelle surgit d'une façon inattendue, mais c'est nous qui, dans notre désir de perpétuer, essayons de transformer ce qui est en dehors du temps en sujet d'expérience. La joie arrive sans cause, mais c'est nous qui, dans notre désir de posséder, essayons de transformer ce qui est sans forme en image. Ainsi, cette joie se transforme en plaisir par notre désir de renouveler ce qui n'est pas expérimentable. Elle se transforme en souffrance si notre désir de renouveler ne trouve pas sa satisfaction.
  La joie véritable surgit de l'inconnu dans un esprit non encombré d'images et plein de sensibilité. Mais cette joie ne peut pas faire l'objet d'une recherche, car elle est en dehors des constructions de la pensée et sa source demeure inconnue et inconditionnée.
L'énergie du changement
Virgil
- Regarde, si tu as une dispute avec une personne, si tu te laisses emporter et que tu te défends, tu ne peux pas voir, c'est impossible, tu vas te disputer et ça va continuer... une heure ou trois, ou une semaine, mais la dispute va reprendre. Quand tu te disputes, c'est avec toi-même que tu te disputes, pas avec l'autre, et la souffrance humaine vient de cela. Mais s'il y a dispute avec elle et que tu vois que le problème vient de toi, de ton monde à toi qui se défend, et que tu vois cela pendant tout le temps de la dispute, que tu regardes ça, que tu vois que la dispute vient de toi et non d'elle, il va se créer quelque chose qui va changer.
- Lorsque tu as une discussion avec ton fils qui exprime des choses qui ne te plaisent pas, tu te retrouves dans la tristesse et à ce moment là, tu es comme lui... Quand tu souffres, tu es au même niveau que lui. Tu crois que tu vois sa souffrance, mais tu vois la tienne, et tu ne le sais pas... Quand tu crois voir ses problèmes, ce sont les tiens que tu vois, c'est ta souffrance que tu vois, pas la sienne.
- Est-ce que tu sais vraiment ce qui doit changer chez les autres ? Comment devrait être ma fille ?... Je ne le sais pas... Lorsque je lui demande : « tu veux en parler  » Elle me répond que non... Je ne pourrais lui donner des conseils que si elle le voulait...
- Pour sortir de ta souffrance, il faut en sortir toi-même... tu veux que ton fils aille bien, et tu doutes que la souffrance que tu ressens, c'est la tienne, pas la sienne... Regarde...
- ...ta tête fonctionne comme la société te l'a dicté, en t'occupant des autres. Tu penses que l'autre doit être comme tu le veux. Mais tu ne trouveras jamais de sécurité ou de décision, et pourtant tu en chercheras toujours une. Et c'est ta tête qui cherche ça... tout ce dont vous parlez, tout ce que vous faites, sont des barrières, et il y en a beaucoup.
- Nos pensées, comment les arrêter ? Engagez-vous vous-même ! Vous allez voir comment vous allez changer. Mais quand tu me dis que tu veux régler un problème avec ton fils... c'est avec toi que tu veux régler quelque chose. Tu crois qu'en lui parlant tu vas réussir à régler son problème... Mais si tu voyais qu'il n'y a rien à réussir, tu verrais plus clair pour t'approcher de lui.
  Si tu perdais tes habitudes, ce serait la mort ; tu ne mourrais pas, mais tu te sentirais mourir. Avant, je ne savais pas que ça pouvait exister, puis l'explosion s'est produite. Perdre la vie des habitudes, c'est seulement perdre la vie psychologique, non la vie physique ; c'est seulement perdre la vie conditionnée, hypnotisée, suggérée. Le cerveau a une structure et lorsque tu la perds, c'est comme si tu perdais la vie parce que tu ne connais rien d'autre. Le corps et le cerveau ne vivent que par ça, mais si cela disparaissait tu serais créateur et tu verrais ce qu'est la matière comparée à la vie. Mais ne vous découragez pas, c'est l'ego qui se décourage. Ne vous découragez pas parce que ce n'est pas sur le vouloir, sur le devoir, sur le "il doit", le "il faut"... Pourquoi y a-t-il des problèmes dans les couples, c'est parce que tout le monde vit sur le "il doit".
- Pas d'espoir, parce que pour qu'il y ait de l'espoir, il me faut mémoriser une vie du futur.
- Il n'y a pas d'émotion comme tu l'imagines ; tu aimes la vie et tu le sens. C'est une énergie, ça vibre, et tout ça c'est la vie. Quand les gens viennent ici et se plaignent, je leur dis :
« regardez cette plante, elle ne se plaint pas ». Mais tout le monde se plaint ! L'énergie, les gens la captent mal. Si nous avons un cerveau, c'est que la nature nous l'a donné pour nous développer et créer ; c'est la transformation de la matière pour le bien de l'humanité.
- Quand le cerveau a changé, la curiosité, la critique ou le jugement n'existent plus. Faites-le et vous allez changer...
- ...on est dans la comparaison. On voudrait que quelqu'un vienne expliquer la spiritualité par des comparaisons... ça n'existe pas. La plupart des gens souffrent de leur passé avec nostalgie ou de la renommée qu'ils ont eu. Et ils se disent : « j'y arriverai, je le deviendrai...», mais où ? Tu y es déjà, arrête de t'en faire !
-
Quand tu veux changer, tu te bases sur les autres. Quand tu m'entends parler, il y a une énergie qui entre en toi sans même que tu ne le saches. Mais c'est toi que va réveiller ton énergie, pas moi. Et là ça marchera ! Ça marche seulement si tu t'engages.
- L'énergie peut agir sur le corps... mais sans être guidée, sans croyance ou connaissance. La spiritualité tu ne l'apprends pas, tu la vis. Et tout est possible ; tout !
L'interdépendance des émotions et de l'image de soi
Ligia Dantes
- Comme les nuages, les émotions sont éphémères dans la forme, l'intensité et la qualité. Une observation neutre de leur vraie nature va amener une action fondée sur la sagesse naturelle plutôt que sur une réaction. L'observation neutre est libre de tout jugement sur soi-même ou sur autrui. L'observation neutre est globale, observant pareillement toute chose et tout le monde dans le moment même de la vie. Cela renforce notre capacité à discerner correctement et à juger sainement le choix de nos actions dans toutes nos relations.
- L'observation neutre n'est pas une technique mais un processus naturel. L'observation neutre dissout tout ce qui n'est pas réel, de façon naturelle. Ce processus naturel repose sur la capacité inhérente des êtres humains à observer de façon neutre, sans jugement, sans calcul. Ce processus se découvre par une prise de conscience lucide de la façon dont nos jugements appris entravent le processus naturel de la neutralité.
- Lorsque nous prêtons attention aux pensées de jugement, qui sont récurrentes, aux sentiments et aux émotions qui les accompagnent, nous comprenons le fonctionnement humain avec plus de profondeur. Grâce à cette attention, l'intérêt à découvrir la cause de nos souffrances peut se renforcer. Cette curiosité est naturelle...
  Si nous nous regardons avec la même curiosité neutre que celle des chercheurs en cosmologie scrutant le ciel, nous sommes déjà en terrain neutre. Afin de nous voir nous-mêmes de la même façon dont nous voyons la lune ou un coucher de soleil, avec le même étonnement et le même respect pour notre mode de fonctionnement, nous commençons à élargir notre conscience et gagnons en sérénité. L'observation neutre est un processus de découverte : celle de notre interdépendance, de notre fonctionnement humain en tant que mécanisme Cosmopsychophysique. Dans cette vision élargie de notre existence, nous pouvons nous expérimenter nous-mêmes comme des atomes agrégés en molécules qui se combinent à partir d'éléments cosmiques (carbone, oxygène, etc.), pour finalement donner des formes particulières que nous appelons Homo Sapiens. Ce processus reste mystérieux... Une fois dissipées toutes les opinions apprises par notre conditionnement social et culturel, l'énergie psychique est libérée pour cette expérience globale de l'unité.
- Le recours à la force pour se changer soi-même n'est pas nécessaire (comme dans les approches basées sur une discipline, des méditations rigoureuse, etc). En effet, les changements vont se produire naturellement sur le vif de la vraie observation neutre. Il n'est pas nécessaire de "s'améliorer"...
- Ne pas réduire l'observation neutre à une nouvelle technique, une béquille sur laquelle vous vous appuyez pour un plus grand confort.
- Chaque enfant est conditionné à des paradigmes de pensée et d'émotion venant notamment de sa famille, et de sa culture... La manière la plus forte de conditionner un enfant se fait par le biais du jugement et de l'évaluation. L'image de soi commence à se former très tôt en tant que personnalité. Par personnalité, je veux dire une manière de se comporter, évaluée par les parents, les enseignants... les expériences de vie s'accumulent, les sentiments et les émotions associés à l'image de soi continuent à s'emmagasiner en mémoire.
- Puisque l'image de notre "moi" est accompagnée de toutes les émotions accumulées pendant la vie, des jugements et des appréciations, la plupart des gens éprouvent ces sentiments comme une réalité, sans les investiguer. Quand les sentiments sont inconfortables, inacceptables, les souffrances de la personne sont aggravées par de la récrimination contre soi-même. À l'opposé, quand ils sont agréables, il semble n'y avoir aucune raison à une investigation sur soi-même puisque tout va bien.
  L'observation neutre des émotions requiert l'absence d'une quelconque préférence pour une émotion ou une autre. Cela nous permet de mieux comprendre que nos émotions et nos sentiments, liés à notre image de nous-mêmes, sont inhérents au fonctionnement de l'homme.

- Rationaliser, expliquer, se mettre en colère et accuser les autres sont les moyens psychologiques habituels de défense de notre image de nous-mêmes.
  Nous pouvons dire que l'observation neutre est une sorte de processus de "désensibilisation". Plus nous observons nos émotions réactives associées à notre image, éprouvant totalement ces émotions, les sensations et les pensées exactement comme elles sont, sans rien faire pour les arrêter ou les éviter, plus nous commençons à avoir une conscience claire. Nous devenons d'abord conscients de l'aspect automatique des réactions trouvant leur origine dans les souvenirs inconscients, ensuite des attachements qui sont source de souffrance, et enfin de l'effet qu'ils ont sur notre globalité psychologique. Si nous pratiquons l'observation, au lieu de nous confiner dans l'orgueil, la vengeance, l'auto-défense, ou encore l'évitement, nous commençons à nous désensibiliser. Nous allons de plus découvrir le caractère illusoire, éphémère, et chimérique de l'image de soi.
  Ce processus de désensibilisation ne met pas fin à nos émotions. Il permet la dissolution des émotions inutiles qui provoquent de l'attente, de l'espoir, et de la souffrance psycho-physique. Suivre ce chemin amène les émotions naturelles nécessaires pour vivre en paix sur la planète à fructifier, nous aidant ainsi à prendre les décisions avisées, fondées sur l'amour et la compassion. Cela, c'est vivre de façon responsable.
- Être spectateur des obstacles naturels à notre vie spirituelle grâce à l'observation neutre nous amènera à une expansion de conscience.
Qui suis-je sans la pensée ?
Byron Katie

- Le seul "Travail" intérieur que je connaisse est l'investigation de soi. Le Travail est une façon d'identifier et de questionner les pensées que vous-même, vous pensez, les pensées qui sont la cause de toute la souffrance du monde. Le monde n'est jamais la cause de notre stress et de notre souffrance ; ce sont nos pensées au sujet du monde. Nous surimposons nos pensées stressantes sur la réalité, puis nous imaginons de façon erronée que notre stress provient d'en dehors de nous-mêmes. Lorsque je me suis éveillée à la réalité en 1986, j'au vu très clairement que je souffrais lorsque je croyais à mes pensées stressantes, mais je lorsque je les mettais en question, je ne souffrais pas. La vie est aussi simple que cela.
  Lorsque le mental est calme, il n'y a pas de problème. Les conflits n'ont plus prise sur vous. Devenir totalement tranquille signifie que rien de ce qui arrive ne peut le perturber.
- Vous dites : « le comportement de certains élèves m'est souvent insupportable ». Il serait peut-être utile de questionner cela. En fait, leur comportement ne vous est pas insupportable... parce que vous le supportez... Comment réagissez-vous, que sentez-vous lorsque vous croyez que leur comportement est insupportable ? Où est-ce que ça vous affecte dans votre corps ? Qui seriez-vous sans cette croyance ? ...
  Voici une autre pensée stressante que vous pourriez investiguer en profondeur : « Les enfants ne devraient pas être agressifs, ou agités, ou grossiers, les uns envers les autres. »
  Est-ce vrai ? Oui.
  Puis-je absolument savoir qu'il est vrai que les enfants ne doivent pas être agressifs les uns envers les autres ? Non, je ne peux absolument pas le savoir.
  Comment est-ce que je réagis lorsque je crois à cette pensée ? Je me fâche. Je suis déçue et frustrée. Je pense : « Je ne peux supporter pas ça ! » Et je commence à devenir folle. Je pense que c'est quelque part ma faute, que si j'étais une meilleure enseignante, ils n'agiraient pas comme ça. Je me sens comme un échec. J'essaie désespérément de trouver des solutions et de les empêcher d'être agressifs. Ou bien j'essaie de comprendre pourquoi ils sont agressifs, et je me sens encore plus désespérée quand je ne comprends pas. Je perds patience avec les enfants. Je parle plus fort. J'ai parfois même envie de les giffler, et puis j'ai honte de moi-même.
  Qui serais-je sans cette pensée ?
  Je me sentirais plus détendue. Je pourrais voir que leur agressivité n'a rien à voir avec moi. Je serais plus calme, moins frustrée avec eux. Je n'attendrais rien de leur part. Je pourrais être plus efficace en tant qu'enseignante. Je pourrais être un meilleur exemple pour eux de quelqu'un en paix et dénué d'agressivité. Je saurais mieux comment faire face à la situation si je n'étais pas autant en colère et inquiète.
  La tristesse, c'est être en guerre avec ce qui est. C'est une révolte.
  Retournez votre pensée d'origine et trouvez des exemples qui montrent que ce renversement est vrai.
- Prenez le Travail comme un petit déjeuner, et ayez une vie heureuse. Il est à coup sûr possible d'être détendu chaque jour, à chaque instant. Tout ce qu'il faut, c'est une volonté d'investiguer vos pensées stressantes.
- Vous pouvez être absolument certain que tout sentiment de tristesse que vous ressentez provient de pensées non investiguées. La tristesse est toujours le signe que vous croyez à une pensée stressante, qui n'est pas vraie pour vous. C'est une contraction, et une gène... la tristesse n'a rien de rationnel, ce n'est pas une réponse naturelle, et elle ne pourra jamais vous aider. Elle indique simplement la perte de la réalité, la perte de la conscience de l'amour. La tristess, c'est être en guerre avec ce qui est. C'est une révolte... Quand l'esprit est clair, il n'y a pas de tristesse. Il ne peut pas y en avoir.
- La puissance du travail n'est pas dans les questions, mais dans vos réponses. Si vous répondez intellectuellement, plutôt qu'avec le coeur, ou si vous répondez trop rapidement sans aller à l'intérieur de vous-même en attendant que la réponse apparaisse à votre conscience par elle-même, alors vous ne faites pas le Travail. Et à chaque fois que vos réponses justifient ou défendent quelque chose, alors le Travail cesse de fonctionner.
  D'après mon expérience, remplir tous les jours une feuille de Travail vous permet de rester centré et honnête... faire de l'investigation un mode de vie.
  Ce que je veux dire, c'est que dans mon expérience, une volonté sincère d'investiguer nos pensées stressantes aboutit toujours à la fraîcheur et à l'émotion de la découverte de ce que nous sommes.

Acceptez ce cadeau !
Éric Baret
- Quand vous vous êtes emporté... Quelles sont les traces dans le corps ? Vous sentez ces traces dans la gorge, la poitrine, le ventre, etc. Il faut partir de là. Laissez vivre tactilement ce relent de colère, ou de la peur... La compréhension ne sert à rien. Ressentir... Une fenêtre s'ouvre. Vivre tactilement cette expérience sensorielle...
-
On ne peut pas être rien. On peut seulement se rendre compte de son arrogance, et c'est ce que l'on appellle humilité... On ne peut pas devenir un sage, ou devenir humble. Il s'agit d'un non-état, qui n'est pas lié à un "je". La sagesse existe, mais pas le sage... On ne peut pas lâcher prise ou être spontané volontairement. Être rien, c'est l'absence de vouloir. Ce ne peut pas être un objectif. C'est là naturellement tous les soirs dans le sommeil... vous laissez votre femme, votre chien, vos convictions, tout ce qui vous est cher. Vous vous donnez naturellement au fait de n'être rien, à cette humilité... Ça se fait aussi entre chaque pensée, chaque perception. C'est une non-activité.
- Plus la douleur de l'enfant vous affecte et moins vous pouvez l'aider. Si vous pouvez regarder sa douleur, alors vous pourrez déceler de petits espaces où une possibilité de réactivité existe encore, une possibilité de joie. L'enfant n'est pas battu tout le temps ! Il y a donc des espaces de joie, et c'est à vous de le trouver. Il faut pour cela être totalement froid affectivement. L'enfant n'a pas besoin qu'une personne soit touchée par lui, même si c'est sympathique, car il est suffisamment touché lui-même. Il a besoin de quelqu'un qui le regarde joyeusement. C'est de joie dont il a besoin, pas de souffrance... Il n'y a pas de truc ou de technique, vous ne savez pas comment vous allez réagir. Mais écoutez avec joie. Cette écoute va aider l'enfant jusqu'à un certain point. Un enfant n'a pas encore la maturité pour clarifier sa situation... Le rôle d'un thérapeute n'est pas de créer des patiens libres, mais de voir jusqu'où peut aller le patient, et de respecter sa limite... Pour un médecin, si un patient meurt, ce n'est pas un échec... vous faites ce qui est possible... Vous devez être sans espoir, sans attente... Toujours vivre comme si c'était la dernière fois que vous le voyez. N'attendez pas qu'il aille mieux. Donnez-vous totalement, émotionnellement, au moment. Que veut dire émotionnellement ici ? Vous sentez la tristesse de l'enfant, vous n'êtes pas triste.
  La seule technique c'est aimer. Aimer veut dire ne rien demander. Sur le plan psychologique, si vous voulez changer l'enfant en quoi que ce soit, vous créez une problématique... Écoutez et cette écoute va faire que l'enfant, par mimétisme, va peut-être s'écouter un jour... En s'écoutant, l'enfant va se rendre compte qu'il peut ne pas susciter la violence... La semaine suivante, vous repartez à zéro, car il n'y a pas de continuité... présent avec lui dans l'instant.
- L'opinion d'un thérapeute n'a jamais aucune importance. Ce qui importe est votre opinion, ce que vous sentez, même si cela n'est pas justifié... Vous n'avez pas d'autres possibilités que de faire ce qui s'impose à vous. Vous n'avez rien décidé, cela s'est fait naturellement.
  Si vous vous habituez à vivre avec ce que vous ressentez, très vite les mots «juste» ou «pas juste» vont s'effacer. Ils seront remplacés par un espace de non-savoir. Pourquoi devrait-on avoir une opinion sur soi-même et sur les autres ? Pourquoi dois-je toujours savoir si c'est bien ou mal ? Cette maladie de juger est tellement ancrée en moi. Est-ce bien de coucher avec ma voisine, ou mal ? Il n'y a rien à penser... je n'ai pas besoin de savoir... Je fais ce qui s'impose. Une opinion.. c'est une perte d'énergie. La vie est perception, elle est sensation, audition, écoute. Pourquoi tout ce temps à penser sur nos actes ? Il n'y a pas d'acteur, et vous n'avez pas agi.
- La vie est action, mais personne n'agit. Vous n'êtes pas séparés du cosmos. Pour agir, il faudrait pouvoir arrêter la marche du cosmos, et dans cet espace de liberté faire ceci ou cela ! C'est imaginaire. Il n'y a rien entre vos mains pour agir comme ceci ou cela... Il n'y a rien à regretter, à s'excuser, à pardonner... Le temps ne s'excuse pas quand il pleut.. Si je bouscule quelqu'un, c'est que je ne peux faire autrement. Assumer ses actions devient réellement possible quand on réalise qu'elles ne sont pas les nôtres. C'est la vie qui s'exprime de cette façon.
  Le passage à l'acte est impossible car, si tout est acte, il n'y a pas d'acteur. Il n'y a pas d'acte personnel, donc pas de culpabilité, pas de justification, pas d'excuse. Votre fonctionnement s'est exprimé de cette façon, à cet instant. C'est fini.
  Des gens vous aiment, et d'autres vous détestent. Ils ont tous raison de leur point de vue. Laissez-les faire... À chaque instant, une nouvelle personne ou une nouvelle vie est devant vous.
- Un émotion apparaît et disparaît. L'instant d'après, une autre émotion prend sa place. C'est la vie. Tout est émotion. Vous allez voir que lorsque vous laissez vraiment vivre l'émotion, sans la refuser, sans la nourrir, l'émotion vous ramène vers la tranquillité.
- Se sentir agressé est le début de la tranquillité. Vous réalisez à quel point tout vous agresse. Lorsque vous vous rendez compte de cela avec affection, amour, parce que c'est la vie, alors la tranquillité commence à s'installer en vous.
  Être agressé est un cadeau qui ne se négocie pas. Mettez l'accent sur le ressenti de l'agression et non sur ce qui vous agresse. Vous laissez vivre cette émotion sensorielle, sans commentaire, et vous voyez ce qui se passe à ce moment-là. Ce qui vous agresse, ce sont vos préjugés, mais rien n'est vraiment agressif, sauf lorsque j'ai l'idée que les choses doivent être différentes. Je sais mieux que la vie ce qui doit être, et c'est pour cela que je me sens agressé. Or, ce qui compte est la réalité. Alors, je ne pense plus, mais je fais face à ce qui est là, dans ma limite... C'est là que la transformation est possible, que la tranquillité va commencer à vivre en vous autrement que conceptuellement.
«L'impossible question»
selon la vision pénétrante de J. Krisnamurti
- « Si vous dites : "C'est impossible", vous bous êtes d'avance barré le chemin. » Delacahux et Niestlé
-
Pour la plupart d'entre nous, la peur est une compagne constante ; que l'on en soit conscient ou non, elle est là, dissimulée dans quelque sombre recoin de l'esprit ; et nous demandons s'il est possible pour l'esprit d'être entièrement libéré de ce fardeau.
- Le désir est une autre raison de la peur. Nous devons observer la nature et la structure du désir et pourquoi le désir a pris une telle importance dans nos vies. Le désir va inévitablement de pair avec le conflit, la compétition et la lutte. Le désir est une force extraordinaire dans notre vie. On le supprime, on le fuit, on échange les activités du désir, on le rationalise... Observons les mouvements du désir. Nous ne disons pas qu'il faut le supprimer, le fuir ou le sublimer...
- Je m'aperçois, par exemple, que je suis cupide, mais ça ne change rien. La cupidité est un sentiment et j'ai regardé ce sentiment nommé cupidité. Le mot n'est pas la chose... Peut-être vais-je me faire piéger par les mots et éluder le fait... Le mot a-t-il pris une telle importance que le fait n'est plus pour moi une réalité effective ? .. Le moi dit : "il ne faut pas être cupide". Le passé est en train de dire au présent ce qu'il devrait faire.
  Peut-on procéder à l'observation de la cupidité dans nommer celle-ci, sans le passé, sans être piégé par le mot ? Puis-je observer la cupidité, la sensation, puis sa satisfaction et son action, sans l'observateur qui est le passé ? Peut-on observer sans l'observateur qui conditionne ce qu'il voit ?
  L'observation doit être libre, sans direction, sans motif, pour pouvoir comprendre le mouvement du désir. Le désir provient de la sensation. La sensation, c'est le contact, la vision. Alors, la pensée crée une image à partir de cette sensation ; ce mouvement de la pensée est l'origine du désir.
  Comprenons-nous lucidement ce qu'est « une image » ? Ce que c'est que de voir à travers des images... L'émotion n'est pas une image, mais je la ressens, je la perçois, je l'observe, identifié au processus de projection conditionné qui étiquette automatiquement telle émotion en positive, telle autre en négative... Si on était totalement débarrassé de toutes les images, alors on ne serait plus blessé, ni flatté.
- Découvrir les désirs et les peurs qui nous mènent d'illusion en illusion est une voie de libération...
  Krisnamurti nous invite à apprendre, observer, sentir... Il nous rappelle qui si l'on s'exerce à la lucidité, si elle devient une habitude, alors elle devient douloureuse et ennuyeuse. La lucidité ne peut pas être l'objet d'un entraînement, elle ne peut pas être contrôlée, on ne peut pas la transformer en une discipline, et c'est cela sa beauté. Si vous essayez d'être lucide, cela devient pénible. Ce n'est alors qu'un processus d'introspection, essayant de devenir quelque chose. Dans la lucidité il n'y a pas de devenir, mais simplement de l'observation, une silencieuse observation...
  L'introspection mène à la frustration, à des conflits, car en elle est impliquée un désir de changement, et un changement n'est qu'une continuité modifiée, tandis que la lucidité est un état dans lequel il n'y a ni condamnation ni justification ni identification, donc il y a compréhension ; et en cet état de lucidité passive et vivace il n'y a ni l'expérimentateur ni l'objet d'expérience.
- Il y a une distance quand il existe un centre de condamnation, de justification, le censeur ; distinc du fait, de ce qui est.
- Dès l'instant où vous dites "Je suis en colère", il y a une distance ; et dès cet instant je cherche à couvrir cette distance en voulant agir sur le fait. Mais quand je me rends compte que je suis moi-même la colère, il n'y a plus d'espace du tout qui me permette de faire quoi que ce soit, il n'y a que le fait. Et dès cet instant ce qui est, prend une importance immense...
  Il n'y a pas de demi-mesure... c'est la compréhension directe, la lucidité, la vision pénétrante des limites inhérentes à notre façon introspective d'observer qui fait le grand saut ; c'est la révolution du silence.
- Nous voulons observer l'émotion comme un quelque chose qu'il faudrait voir pour s'en libérer. Sur cette base, notre vie intérieure s'est disloquée en objets perçus et sujet percevant. Nous ressentons ces objets comme réels et nous souffrons de ne pouvoir les dissoudre et d'en être le jouet. Au point même de nous sentir sans énergie, épuisé parles luttes internes dont nous ignorons le plus souvent l'existence... Pour observer ce qui est, il faut de l'énergie.. Or, toutes ces fragmentations dont nous sommes faits sont des divisions de cette énergie. Le moi et le non-moi, la colère et la non-colère...
- L'esprit peut-il voir ce mouvement dans sa totalité et sans le centre
(l'observateur) qui dit : "Je le vois." Parce que dès l'instant où il y a un centre, celui-ci devient un agent de division. Le moi et le non-moi... La pensé a construit ce "moi" par son désir, son impulsion de trouver une sécurité, une sauvegarde. Dans cette soif de sécurité, elle a divisé l'énergie en moi et non-moi et par cela même elle se plonge dans l'insécurité.
- Vivre sans comparaison nous soulage d'un fardeau très pesant. Une fois délivré du fardeau de la comparaison, de l'imitation, du conformisme, de l'adaptation, de la modification, vous vous retrouvez alors face à ce qui est. Le conflit n'apparaît que lorsqu'on essaie de faire subir quelque chose à ce qui est - que ce soit une transformation, une modification, un changement, une censure, voire une élimination -, soit encore que vous cherchiez à le fuir. Mais si vous avez la vision pénétrante de ce qui est, alors le conflit cesse ; vous restez seulement avec ce qui est.
- L'observateur de la peur est la peur... l'observateur de l'émotion est l'émotion, il n'est pas en dehors de ce processus fragmenté... c'est le processus lui-même. La peur, l'angoisse, le désir, l'émotion n'existent que dans la fragmentation de l'énergie en observateur/observé. C'est un point crucial, car, ici, il ne s'agit pas pour autant de croire en « une observation sans observateur », « non fragmentaire  », « globale », pour en faire un nouveau dogme, et en idéaliser l'existence. D'ailleurs, l'esprit sérieux d'un véritable chercheur ne saurait y croire. Puisse son enquête conduire à cet ultime point d'éclairement !
Perception des grands drames du monde
Betty
- Voyez-vous le jeu de yoyo que fait votre esprit qui saisit les moments et va les ranger dans les cases appropriées, cet événement est « plus / mieux / bien » que celui-ci que est « plus / mal / laid » etc... plein de qualificatifs, toute une hiérarchie, toute une palettes de couleurs qui vont du bien au mal, du beau au laid, du froid au chaud... et qui colorent votre monde de dualité.
  Maintenant, supprimer le petit "je" qui se prend pour un centre, qui capture tous les moments, qui les colore selon sa sensibilité et qui crée votre monde, supprimez-le, que reste-t-il ?
  Que se passe-t-il si le "je" classificateur, "hierarchiseur", appréciateur, disparaît ? L'unité apparaît, les choses "sont" sans la coloration du mental, les moments sont vécus complets de seconde en seconde, rien à ajouter rien à enlever.
- Nous sommes la Conscience et non pas une petite conscience individuelle.
- Vous portez sans cesse des jugements dans votre petit aquarium de pensées et vous vous étonnez de voir le monde en détresse qui n'est que le reflet de votre intériorité.
  Mais la guerre, ce sont les disputes avec votre conjoint, avec votre collègue de travail, avec votre chat.
  Si vous n'en prenez pas l'entière responsabilité, le monde ne changera pas. Il vous faut changer de l'intérieur pour que votre perception de l'extérieur change. Vouloir changer l'extérieur ne peut pas fonctionner sans le basculement de votre conscience.
  Vouloir changer le monde, organiser, militer, prier, c'est se déresponsabiliser face à l'origine même du monde !
  Vous voulez changer le monde des autres, vous vous trompez, vous êtes le monde.
  La responsabilité de chacun est de reconnaître ce qu'il est, comment il fonctionne et de se débrancher de ce système de pensée.
- Votre vision est masquée par votre système de pensée et vous ne pouvez pas vivre le moment présent, vous ne pouvez pas apprécier la fraîcheur du moment, la beauté de ce qui est, la plénitude de l'unité.
  Tout chez vous est analysé, hiérarchisé, tout est déformé par votre mental. Vous n'avez pas la perception directe des événements et toutes vos actions réactions sont conditionnées par rapport à ce que vous pensez être : beau, laid, pire, pas pire, pas si pire, etc.
  Vous ne pouvez pas aborder un événement dans la fraîcheur de l'instant ; au moment où naît l'image, vous avez déjà catégorisé la chose ; au moment où naît la question, vous avez déjà choisi la réponse, vous ne savez pas écouter.
  Tous vos sens sont conditionnés par votre mental dans le jeu de la dualité, bon mauvais, beau laid, clair sombre, plaisant insupportable.
  Le petit "je" ramène tout à lui, ne pense qu'à lui face à ce qui "est", colore tout, interprète tout et de la naît votre vision du monde.
- On ne rêve que de soi.
  Dans mon état je ne ressens pas le dynamisme de vouloir que quelque chose change !
  Je n'ai pas la prétention de connaître mieux que la Vie ce qui est bien pour la personne, que ce soit la mort, la maladie ou la souffrance.
  Je ne sais rien. Je n'ai pas l'élan de savoir ! Je n'ai que la présence et en est ainsi.
  Le savoir sépare et prend son origine dans la peur de plonger directement dans l'expérience.
  On ne rêve que de soi. La souffrance que l'on prétend ressentir appartient à l'ego.
  Comprendre, avoir raison ou savoir ce qui est juste, c'est contribuer à continuer de construire son Je-ego. Dans une vision claire, la souffrance est une histoire qui dit : je n'écoute plus la vie, mais mon histoire.
  Demander des changements est violent, je ne vois que la beauté de l'autre.
  C'est la beauté de la Vie que je vois, et l'autre voit que je vois la beauté et la beauté prend toute la place et libère elle-même du problème.
  Je n'ai pas à demander, à constater ou à évaluer une personne, ni à identifier le problème, mais juste à me connecter avec cet émerveillement qu'est la Vie.
  Je n'ai pas à créer chez la personne le stress du changement, ou le besoin de se clarifier, juste le respect de ce qui est.
  Le traumatisme, l'émotion enfouie est respectable et quand l'espace sera fait, le traumatisme disparaîtra.
  Si le besoin de sécurité réapparaît, alors un autre traumatisme s'installera et ainsi de suite. Nul besoin de provoquer des attentes, de diriger quoi que ce soit.
  L'aide est dans l'intimité de la présence. Peut-être cela aide-t-il à créer de l'espace ? Je ne sais pas. Je n'ai pas besoin d'aucune clarté intellectuelle, d'aucun but.
  Je n'ai pas besoin d'être apaisé par des broutilles, des bouffées de paix ou la satisfaction d'avoir aidé.
  Vivre d'instant en instant exclut le savoir comme outil de compréhension.
  Vivre d'instant en instant c'est ne pas identifier le bien et le mal, le malheur et le bonheur ; cela Est !
  La Vie est plus intelligente que le petit Je-ego qui veut vivre, souffrir et surtout prendre des orientations et de grandes décisions.
  Si la Vie veut intervenir, elle s'exprimera à travers moi dans le moment naissant.
  Je ne suis plus une personne pensante avec un petit mental subtil et fourbe, j'ai laissé toute la place à la Vie et elle ne se trompe pas !
Et si nous déposions les armes.
Hélène Naudy
- Nos émotions, tout comme notre intellect, nos expériences énergétiques, nos réactions, notre corps et sa santé, sont des expressions de ce que nous sommes. Des expressions. Nos idées nous empêchent de comprendre, de ressentir, de reconnaître ces expressions. Dans ce monde somme toute assez obscur, nous confondons être sans émotion et être en paix. Cette idée.. provoque un besoin de faire taire le volcan qui grouille en nous afin d'être reconnu comme sage, paisible, plein d'assurance.
- Contrôle ? Maîtrise ? Y aurait-il une différence entre les deux ? Nous répondrions, aussi rapide que l'éclair : « bien sûr, sans nul doute, ce sont deux choses très différentes. » Et nous refusons obstinément de voir que la maîtrise n'est que du contrôle, car nous voulons arriver à être un maître... La maîtrise est le joli mot que nous employons pour nous faire croire que nous sommes davantage évolué. Nous maîtrisant, nous contrôlant, nous nous manipulons sans vergogne et manipulons de même nos relations aux autres.
- L'attitude de supériorité vis-à-vis de nos émotions... Cette attitude pourra prendra la forme de la sainteté qui deviendra elle-même de l'intégrisme s'il y a prédominance masculine, soit du sacrifice s'il y a prédominance féminine.
- Pris par des jugements duels, "bien-mal" .. comment pouvons-nous prendre conscience des émotions dites négatives qui se manifestent en nous ? Nous ne le pouvons pas.
- Tant que vous n'avez pas expérimenté par vous-même, dans le quotidien ce que vous lisez, tant que vous ne le mettez pas à l'épreuve, ce que vous lisez n'a aucune valeur sinon une valeur mondaine, intellectuelle, un savoir de plus.
- Si l'émotion est très forte c'est aussi que la douleur intérieure a atteint un paroxysme, c'est signe que personne ne nous a écouté, ne nous a reconnu dans notre souffrance. Et si personne ne nous a écouté, comment pouvons-nous nous-même nous écouter, avant cela, savons-nous que nous pouvons nous écouter ?
  Écouter, respecter, reconnaître ce qui se vit en nous-même s'apprend, et ceci nécessite le concours d'un autre.
- Aurions-nous le désir d'apprendre à aimer ces émotions (émotions, réactions, pulsions, sentiments, sensations, douleurs...) qui se manifestent en nous ? Ou préférons-nous nous maîtriser ? Ou emprunterons-nous le chemin de l'irresponsabilité (c'est toujours la faute des autres si je suis mal) afin de pouvoir être reconnu comme victime à vie ? Ou emprunterons-nous de méditer pour calmer l'émotion (synonyme de contrôle) ? Que désirons-nous vraiment ? Être un étranger pour nous-même, un ennemi, ou être un ami pour nous-même ? Il n'y a pas de mieux. Il n'y a que ce que nous voulons, pouvons, désirons, sommes en mesure de vivre. Préférons-nous rester identifié à des idées, des jugements, des a priori sur les émotions ? Est-ce que pour nous, la réflexion est une prise de tête ?
  Voyons , qu'est-ce qui vit en nous-même lorsque nous sommes pris par ce type de comparaison : « plus je suis paisible extérieurement, plus je suis sage et mature » ? Peut-être est-ce l'enfant en nous qui a un grand besoin d'être reconnu ? Il aimerait avoir la meilleure note, le plus beau trophée. Pourquoi espère-t-il être le numéro 1 ? Parce qu'il attend, il espère que ses parents, son père et/ou sa mère, vont le reconnaître et l'aimer... L'adulte que nous sommes devenus est identifié à cet enfant que nous avons été et qui vit toujours en nous, sauf que nous n'avons aucune conscience que nous nous identifions à cet enfant en nous... L'enfant que nous étions, si nous le refusons ou le nions passe du conscient à l'inconscient. Et plus nous nierons ce besoin de reconnaissance et plus nous serons dans la comparaison, dans un vouloir plus, encore plus, plus de connaissances, plus évolué, plus sage, plus "vide", plus confiant, en définitive, plus nous serons dans l'avoir...
- La colère est là, la tristesse est là. Elles m'envahissent, me submergent. Je ne peux pas le nier. Prendrai-je le risque de les voir s'épanouir et de les vivre, de les reconnaître et ainsi de remettre en question toutes ces croyances qui m'ont servies de support, de béquilles pour me tenir debout et survivre pendant toutes ces années ? Trahir des convictions qui me servent de FOI, enracinés par des années et des années de lectures, de méditations, de travail auprès de maîtres divers et variés ?
  Mais à qui appartiennent ces jugements ? Jugements qui se dressent sur la route de ce qui se manifeste, de ce qui est ?
  Comment en suis-je arrivé à prendre ces jugements pour des vérités ? Les surimposer devant ce qui est vivant et qui se vit, pour nier et cacher ce qui se vit ?
  Une vision apocalyptique se déploie devant mes sens apeurés.
  Et si ? Et si je remettais en question toutes ces croyances, tous ces jugements, source de l'image que je dis être moi.
  L'angoisse m'envahit... Aurais-je encore la force de contrôler les émotions qui m'habitent ? Ou se manifesteront-elles, s'extérioriseront-elles, là, face à moi et aux autres ?
  Qu'ai-je à perdre... qui a à perdre ?

  Au fond, oui, qui, en nous, a peur de perdre ? Et, qu'avons-nous peur de perdre comme repères ? ..toutes les idées que nous avons sont des repères.. les répères sécurisent...
  Au fond, désirons-nous être sincère envers nous-même ?
  Refuser nos émotions, les contrôler est une manière de nous nier. Mais peut-être est-ce trop douloureux de reconnaître ces émotions qui vivent en nous ? Peut-être est-ce trop douloureux parce que l'image que nous avons de nous va être détruite.. bousculée par ce que nous allons découvrir : nous qui nous pensions sûr de nous, nous nous rendons compte que nous avons besoin d'être soutenu. Nous qui nous pensions au service des autres, nous découvrons que nous ne sommes que dans l'orgueil...
- Nos émotions, pour la plupart d'entre elles, expriment ce que nous petit enfant, enfant, adolescent, jeune homme... n'avons pu assimiler ou comprendre. Toutes expériences douloureuses et qui le restent, parce que nos parents n'ont pas su nous accompagner... demeurent en nous-mêmes, tapies dans notre corps. Et malgré le fait qu'elles soient inconscientes, elles vont régir notre vie de telle sorte que nous réagirons aux autres et aux événements. Ce ne sera pas nous en conscience qui agirons mais ces mémoires que régleront notre vie.
- Le petit garçon est là... et je ne l'ai pas vu, pas entendu et pourtant il pleure et crie...
  Mais qui va les écouter aujourd'hui. Ils sont toujours là (l'enfant, l'ado...), réclamant l'écoute et l'amour dont ils ont tant besoin. Qui ? Qui peut les écouter et les aimer ? Qui ? Sinon moi.

- Nos émotions sont en lien avec notre vécu passé. Nous avons un prix à payer à notre passé, à nos douleurs qui toutes ont pour origine des incompréhensions et des non-dits, douleurs qui ont toutes pour source le sentiment d'avoir été abandonné. Ce prix est celui de reconnaître et d'accueillir ces manques, ces abandons, ces rejets, ces humiliations que l'enfant que nous avons été a vécu. De les reconnaître, de les accueillir sans demander à l'enfant de changer, sans lui demander d'être moins en demande, d'être moins fragile, d'être plus fort. De les reconnaître et de les accueillir tels qu'ils sont. De parler à cet enfant, à cet ado... de mettre des mots sur ce passé afin que l'incompréhension s'éclaire et devienne discernement.
  L'enfant que nous avons été, le foetus, le nourrisson... ont besoin de nous. C'est, à mon sens, et c'est dans tous les cas ce que je constate dans mon vécu, dans cette amitié, dans cet accompagnement à nous-même que nous apprenons à être bienveillant pour nous-même, et ainsi, que nous pouvons voir sans trier ce qui s'exprime en nous. Et ce n'est plus d'un témoin bienveillant théorique dont il est question, mais bien d'un témoin bienveillant vivant : nous-même.
  Je vous invite à cela.
  Et... après ce retournement, avons-nous encore des émotions ? ...s'il n'y a plus d'émotions, c'est que nous sommes mort intérieurement. Mort ! Oui, sclérosé, rigide. Hiératique. Figé. S'il n'y a plus d'émotions, cela signifie que nous sommes identifié à l'idée que nous devrions ne plus être dans des émotions, après un accompagnement en profondeur.
  La vie est émotions.

  Disponible, attentif à ce qui se manifeste, nous n'avons plus d'idée concernant ce que nous devrions être.
Transcender et dissoudre ses peurs par la chamanisme
Pau Degryse
- Nos peurs sont la cause de presque tous nos problèmes, de presque toutes nos tensions et misères, de presque tous nos échecs.
- Nos peurs sont multiples et variées... chacune pouvant se combiner avec une autre, démultipliant à l'infini la toile d'araignée dans laquelle notre conscience peut s'engluer.
- Aucune émotion n'est plus inhibitrice de l'affirmation de soi ni plus destructrice de la confiance en soi. La peur est l'une des choses qui gâchent le plus d'existences humaines.
- Le cosmos est à tous les niveaux le lieu de combat perpétuel entre de multiples paires de polarités opposées et complémentaires qui donnent naissance à la réalité du monde... Chaque être vivant possède sa chance d'accéder à l'identité avec cette force en acceptant ce perpétuel combat auquel se livrent en lui deux entités cosmiques qui constituent ensemble la conscience totale : la force de permanence qui met le monde en ordre pour conserver le plus possible les choses telles qu'elles sont .... et la force de changement et de rupture qui incite en permanence la conscience au renouveau par le pouvoir immensément créatif mais chaotique qu'elle recèle.
- Toutes les peurs sont rattachées de près ou de loin à la peur de la mort.
- Le fait d'avoir des peurs fait partie du grand challenge que l'Esprit suprême propose à l'homme d'affronter pour élever son niveau de conscience. Notre existence ne peut pas être plus exaltante ni plus joyeuse qu'en le vivant comme guerrier de l'esprit, c'est-à-dire en nous consacrant au nettoyage de tout ce qui freine l'élargissement de notre conscience.
- Accepter pleinement ce que l'on est pour accéder pleinement à ce que l'on peut être.
- L'essentiel de notre personne est notre conscience, or celle-ci est en réalité sans limites ni dans le temps ni dans l'espace. En prendre conscience supprime en nous la peur de la mort comme menace du néant.
- Le dialogue intérieur est le produit mental de toutes nos peurs, ce flux permanent de pensées et de paroles nourrit et renforce en retour les peurs dont il provient. En supprimant peu à peu le dialogue intérieur (silence attentif), on peut voir nos peurs disparaître...
Tao Te Karl
Karl Renz
- Ce qu'est l'Être, ce que tu es, ne deviendra pas plus ni moins. Ni à travers la souffrance ni à travers la joie. Ni à travers toi ni à travers un autre.
  Le Soi n'est jamais éveillé ni non éveillé. Il est toujours antérieur à tout concept d'éveil ou de non-éveil ; tout ce que tu dis est conceptuel.
- En réalité, rien ne bouge, il n'y a que le silence absolu.
- C'est cela la beauté : cette perception que tu ne peux jamais changer ; pas même par ta volonté de voir ou ta recherche, ni même à travers quiconque prétendant devant toi avoir compris quelque chose ou pas.
- L'idée de liberté te pousse à la chercher, et c'est la prison.
- Dès que tu es né, tu es condamné à l'incarcération à vie, et en plus à la peine de mort... Donc tu peux faire ce que tu veux, même boire et fumer. Un peu plus de dépendance, qui s'en soucie ? De toute manière, tu ne peux pas t'enfuir ! Alors, autant mourir tout de suite : reconnais que tu n'existe pas ! Car tu es la liberté que tu recherches...
 
Autres pensées ou extraits
  - Laisserions-nous un enfant seul à la merci d'un danger, sans vigilance ? C'est pourtant ce que nous faisons à longueur de journées... envers l'enfant que nous sommes encore. Nous agissons la plupart du temps, envers nous-mêmes, comme des enfants non avertis sur les mouvements de notre vie intérieure, rendant nos actes esclaves d'idées mécaniques ou soumis à des réactions émotionnelles ne créant que conflits et souffrances incessants.
  Si je n'applique pas en moi-même une certaine qualité de vigilance, mon être devient dupe de mécanismes intérieurs restés dans l'ombre par manque de lucidité. Des histoires mentales, rêveries du quotidien, des émotions-réactivité deviennent le diapason de l'intérieur... Cette fabrique constante d'illusions est le lac où l'on se noie, la prison où l'on s'enferme à chaque seconde de notre existence.
  Vigilance ? Attention ? Quelle qualité de vigilance envers moi-même ? Des commentaires auto-suggestifs de "Je" intérieurs tentent de prendre la parole et d'incarner cette vigilance : "je suis trop comme cela", "je devrais...", mais n'est-ce pas confondre vigilance (neutre)et contrôle (dirigé) ?
  - « La pensée objective est le regard d'En-Haut. Un regard libre, celui qui voit. Sans ce regard posé sur moi, et qui me voit, ma vie est une vie d'aveugle... Sans ce regard posé sur moi, je ne peux pas savoir que j'existe. » Jeanne de Salzmann
- La joie... Jardin de l'âme, jardin sans limites, la joie se cache en toute chose pour peu que le regard la reconnaisse... Elle se montre à celui dont les yeux peuvent s'offrir l'émerveillement d'un premier matin du monde, à celui qui se lasse de l'éternel aveuglement de la séparation, à celui qui s'éveille du long sommeil de la souffrance.
   Il suffit d'une étincelle pour qu'elle s'embrase de coeur en coeur, pour qu'elle se propage, en sa radieuse contagion. Si plus rien ne résiste à la joie, si nul ne s'en défend, la terre en fera sa convalescence, son ardeur, sa respiration. Marianne Dubois